Discours de la servitude volontaire

Étienne de La Boétie

Texte 1 : L'exhortation au peuple
Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez enlever, sous vos propres yeux, le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, dévaster vos maisons et les dépouiller des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regardiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tout ce dégât, ces malheurs, cette ruine enfin, vous viennent, non pas des ennemis, mais assurément de l'ennemi, et de celui que vous avez fait ce qu'il est, pour qui vous allez si courageusement à la guerre, pour la vanité duquel vos personnes y bravent à chaque instant la mort. Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et ne possède rien de plus que ce qu'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus que vous, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il les innombrables argus qui vous épient, si ce n'est de vos rangs ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les emprunte à vous ? Les pieds dont il foule vos cités, ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous courir sus, s'il n'était d'intelligence avec vous ?
Texte 2 : Le mécanisme de la tyrannie
C'est ainsi que le tyran asservit les sujets les uns par les autres. Il est gardé par ceux desquels il devrait se garder, s'ils n'étaient avilis. Mais, comme on l'a fort bien dit, pour fendre le bois, on se fait des coins du bois même ; ainsi le tyran emploie-t-il les sujets pour asservir les sujets. Ce ne sont pas les bandes de gens à cheval, ce ne sont pas les compagnies de gens à pied, ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran. On ne le croira pas du premier coup, et pourtant il est vrai : ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l'oreille du tyran, et s'y sont approchés d'eux-mêmes, ou bien y ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et les bénéficiaires de ses pillages. Ces six dressent si bien leur chef, qu'il devient méchant envers la société, non seulement de sa propre méchanceté, mais encore de la leur.
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Dan IA

Expert Étienne de La Boétie

Assistant La Boétie
Bonjour ! Je suis Dan IA. Je peux t'aider à analyser comment les peuples s'asservissent eux-mêmes selon La Boétie. Quelle est ta question ?