Le Menteur
Page 1 : Acte III, Scène 3
Isabelle, Clarice
Isabelle :
Eh bien, cette pratique est-elle si nouvelle ?
Dorante est-il le seul, qui, de jeune écolier
Pour être mieux reçu s'érige en Cavalier ?
Que j'en sais comme lui qui parlent d'Allemagne,
Et, si l'on veut les croire, ont vu chaque Campagne,
Sur chaque occasion tranchent des entendus,
Content quelque défaite, et des chevaux perdus,
Qui, dans une Gazette apprenant ce langage,
S'ils sortent de Paris, ne vont qu'à leur village,
Et se donnent ici pour témoins approuvés
De tous ces grands combats qu'ils ont lus, ou rêvés !
Il aura cru sans doute, ou je suis fort trompée,
Que les filles de cœur aiment les gens d'épée,
Et vous prenant pour telle, il a jugé soudain
Qu'une plume au chapeau vous plaît mieux qu'à la main.
Ainsi donc, pour vous plaire, il a voulu paraître,
Non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il veut être,
Et s'est osé promettre un traitement plus doux...
Page 2 : Suite
"Tous adeptes du chacun pour soi
Personne ne nous respecte et je crois savoir pourquoi
On est avares et divisés
On se fait avoir, on ne forme même pas une communauté
Préoccupés par le besoin
Serait-on myopes, incapables de voir loin
On ne veut pas le bien, on veut le gain
Quitte à détruire l'intérêt commun
On vit dans l'inconscience des enjeux
Et malgré nous, les médias nous ont mis dans leur jeu
Manipulés comme des pions, tout le monde mise sur notre division
On subit la xénophobie
Incapables de s'organiser en lobby
On sera toujours des mendiants aux portes de leur monde
Tant qu'on croira que le respect se quémande
Le respect s'impose et la lutte est économique
Observe la communauté asiatique
Nous on fait beaucoup de bruit et peu de chiffres
On donne peu de coups, on reçoit beaucoup de gifles
Impunément les médias nous salissent
Car, conscients que nous insulter ne comporte aucun risque
On ne fait peur à personne, on est la risée de tous
Et nos émeutes se déroulent loin de l'Élysée
À part brûler quelques voitures
De pauvres gens comme nous et saboter nos propres structures
Où est notre révolution, où est notre évolution
On est en France depuis plusieurs générations et où en est-on?
Même si ça fout un coup au moral
Force est de constater qu'on est en bas de l'échelle sociale
Dans le collimateur des médias, y a pas plus visés que nous
Alors toi, explique-moi pourquoi y a pas plus divisés"
(reprenant le dialogue) "Demandez donc à quelqu'un qui a grandi
en banlieue et qui s'en est sorti ! Demandez-lui comment est-ce
qu'il a senti le regard et l'attitude des autres changer à son égard !
Demandez-lui s'il les a entendus chantonner en choeur: « II y est
parvenu, nous sommes heureux pour lui et s'il y est parvenu, nous
pouvons nous aussi y parvenir ! » ou s'il les a plutôt entendus..."
Page 3 : Acte I, Scène 6
Dorante, Cliton
Cliton :
Monsieur, puis-je à présent parler sans vous déplaire ?
Dorante :
Je remets à ton choix de parler ou te taire,
Mais quand tu vois quelqu'un, ne fais plus l'insolent.
Cliton :
Votre ordinaire est-il de rêver en parlant ?
Dorante :
Où me vois-tu rêver ?
Cliton :
J'appelle rêveries
Ce qu'en d'autres qu'un maître on nomme menteries
Je parle avec respect.
Dorante :
Pauvre esprit !
Cliton :
Je le perds
Quand je vous ois parler de guerre, et de concerts.
Vous voyez sans péril nos batailles dernières,
Et faites des festins qui ne vous coûtent guère.
Pourquoi depuis un an vous feindre de retour.
Dorante :
J'en montre plus de flamme, et j'en fais mieux ma Cour.
Page 4 : Suite Acte I, Scène 6
Cliton :
Qu'a de propre la guerre à montrer votre flamme ?
Dorante :
Ô le beau compliment à charmer une Dame
De lui dire d'abord : « J'apporte à vos beautés
Un cœur nouveau venu des Universités ;
Si vous avez besoin de Lois et de Rubriques,
Je sais le Code entier avec les Authentiques,
Le Digeste nouveau, le Vieux, l'Infortiat,
Ce qu'en a dit Jason, Balde, Accurse, Alciat. »
Qu'un si riche discours nous rend considérables !
Qu'on amollit par là de cœurs inexorables !
Qu'un homme à Paragraphe est un joli galant !
On s'introduit bien mieux à titre de vaillant,
Tout le secret ne gît qu'en un peu de grimace,
A mentir à propos, jurer de bonne grâce
Étaler force mots qu'elles n'entendent pas,
Faire sonner Lamboy, Jean de Vert, et Galas,
Nommer quelques châteaux, de qui les noms barbares,
Plus ils blessent l'oreille, et plus leur semblent rares,
Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés,
Vedette, contrescarpe, et travaux avancés.
Sans ordre et sans raison, n'importe, on les étonne,
On leur fait admirer les bayes qu'on leur donne,
Et tel, à la faveur d'un semblable débit
Passe pour homme illustre, et se met en crédit.
Résumé
Ces textes montrent comment Dorante, qui vient de finir ses études de droit, s'invente une vie de héros de guerre pour draguer et impressionner les femmes . Dans la première partie, il explique à son valet Cliton que parler de livres et de lois, c'est ennuyeux, alors qu'inventer des batailles et utiliser des mots techniques de l'armée, ça marche à tous les coups pour séduire . Dans la deuxième partie, Isabelle et Clarice discutent de lui. Isabelle explique que Dorante n'est pas le seul à faire ça : beaucoup de jeunes mentent sur leurs voyages ou leurs exploits militaires pour paraître plus "stylés" et importants qu'ils ne le sont vraiment .
Les personnages
Dorante : C'est le menteur du titre. Il préfère s'inventer une vie de soldat plutôt que d'avouer qu'il est un simple étudiant.
Cliton : C'est le valet de Dorante. Il est plus honnête et se rend bien compte que son maître raconte n'importe quoi .
Isabelle : Une femme qui observe et analyse le comportement des hommes comme Dorante.
Clarice : Elle écoute Isabelle et fait partie de celles que Dorante essaie de charmer.
Dan IA
Assistant Corneille